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Discours haineux et xénophobie : des aberrations au Cameroun

Le monde tout entier se met ensemble pour combattre certains fléaux dans sa société. Au rang de ses fléaux, nous avons le racisme, la xénophobie et le discours haineux. Ces habitudes qui ne se limitent pas uniquement à une région, deviennent un défi pour les pays qui n’ont pas pu les combattre sur le plan légal. La République du Cameroun a pris des mesures drastiques en vue de combattre le discours haineux, la xénophobie et le racisme en tant que des aberrations dans le pays.

Selon le langage courant, « discours haineux » fait référence à un discours insultant dirigé contre un groupe ou un individu sur la base de ses caractéristiques inhérentes (telles que la race, la religion ou le sexe) et cela pourrait mettre la paix sociale en péril. Le discours haineux « correspond à toute forme de discours, de narration ou de comportement s’attaquant à ou utilisant un langage péjoratif ou discriminatoire contre une personne ou un groupe sur la base de qui ils sont, ou encore sur leur religion, ethnicité, nationalité, race, couleur, descendance, sexe ou sur d’autres facteurs identitaires. »

On l’utilise souvent dans la promotion des thèses de complot, de désinformation, de déni et de déformation des événements historiques tels que les génocides. À travers le monde, les pays sont tenus d’interdire les formes les plus graves de discours haineux qui engendrent la violence, l’hostilité, la discrimination ou qui engendrent le génocide ou toutes autres violations de lois internationales.

En associant leurs forces pour combattre le discours haineux et la xénophobie, le Ministre de la communication du Cameroun, Monsieur Emmanuel SADI, le Président de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et le multiculturalisme, Monsieur Peter Mafany Musonge et le Ministre de l’administration territoriale, Monsieur Paul Atanga Nji, ont pris des mesures prioritaires en vue de restreindre de telles menaces individuelles au Cameroun.

Le nombre accru d’attaques contre les immigrants et d’autres minorités a suscité de vives inquiétudes quant à la relation existant entre l’envolée des discours haineux en ligne et les actes de violence, ainsi que le rôle joué par les entreprises et l’État en matière de contrôle du discours. Selon les analystes, les tendances de crimes motivés par la haine à travers le monde apportent des changements dans le climat politique et surtout selon eux, les médias sociaux peuvent exacerber la situation. À leurs niveaux les plus extrêmes, les rumeurs et les invectives véhiculées en ligne ont engendré de la violence allant du lynchage jusqu’au nettoyage ethnique.

La violence « au nom de la religion » se manifeste souvent à travers les attaques ciblées contre les individus ou les communautés, les actes d’extrémisme ou de terrorisme, la violence collective, la répression de l’État, les politiques ou lois discriminatoires et d’autres types de violence structurelle intégrée. Des incidents impliquant les discours haineux, les clichés négatifs et le plaidoyer de la haine religieuse ou nationale ont donné lieu à des tueries de personnes innocentes, aux attaques contre les lieux d’adoration et aux appels aux représailles. De telles violences ciblent également et ce, de manière disproportionnée, les dissidents religieux, les membres de minorités religieuses, les convertis ou les non croyants.

La réponse a été inégale et la responsabilité de décider de ce qui doit être censuré et comment censurer cela a été laissé entre les mains des entreprises qui contrôlent les plateformes sur lesquelles le monde entier communique actuellement. Malheureusement, ces entreprises sont tenues par des lois locales. Dans certaines démocraties libérales, lesdites lois peuvent être à l’origine de la discrimination et de la violence contre les minorités. Par ailleurs, ces lois peuvent être utilisées pour réprimer les minorités et les dissidents.

Lors d’une conférence de presse récemment organisée à Yaoundé, la capitale du pays, le gouvernement camerounais n’a pas seulement lu la loi contre les émeutes en matière d’interdiction du discours haineux, mais a également tenu une discussion relative à l’impact de la menace individuelle sur la société et a mis l’emphase sur la nécessité de prendre des mesures immédiates pour combattre cela.

En soutenant les mesures récentes prises par le gouvernement camerounais, les spécialistes en sciences sociales et d’autres spécialistes ont remarqué que les publications faites sur les réseaux sociaux et d’autres discours haineux en ligne ont inspiré des actes de violence.

  • En Allemagne, une corrélation a été établie entre les publications Facebook contre les réfugiés par le parti allemand de l’extrême-droite pour l’alternance et les attaques contre les réfugiés. Les universitaires Karsten Muller et Carlo Schwarz ont remarqué que la montée des attaques, telles que les incendies criminels et les agressions ont été perpétrées suite à l’exacerbation des publications à caractère haineux.
  • Aux États-Unis, les auteurs des attaques récentes des suprémacistes blancs ont fait circuler leurs publications parmi les communautés racistes en ligne. Ce qui leur a permis de profiter des réseaux sociaux pour répandre leurs actes. Les Procureurs ont dit que le tireur de l’église de Charleston qui a tué neuf pasteurs et fidèles noirs en 2015, s’était engagé dans un « processus d’auto-apprentissage » en ligne ce qui lui fait croire que l’objectif de la suprématie blanche nécessitait la violence.
  • Le tireur de la synagogue de Pittsburgh en 2018 était un membre du réseau social Gab dont les règles libérales ont attiré de nombreux extrémistes qui avaient été bannis des plateformes plus grandes. Sur ce réseau social, il a épousé l’idée selon laquelle les juifs avaient pour intention de faire entrer les immigrants aux États-Unis afin de rendre les blancs minoritaires, avant de tuer onze fidèles pendant un culte Shabbat organisé pour les réfugiés. Ce slogan de « Grand changement » que reprenaient les suprémacistes blancs pendant leur manifestation de Charlottesville en Virginie un an auparavant, tire son origine de l’extrême droite française et met en évidence les anxiétés démographiques liées aux taux d’immigration et de naissance des personnes non blanches.

Ce slogan de grand changement a par la suite été récupéré par l’auteur de la fusillade qui a eu lieu à la mosquée de la Nouvelle Zélande en 2019. Fusillade au cours de laquelle l’auteur avait tué quarante-neuf musulmans en train de prier et avait cherché à publier cette attaque sur YouTube.

  • À Myanmar, les chefs militaires et les nationalistes bouddhistes se servent des médias sociaux pour déprécier et diaboliser la minorité musulmane de Rohingya en prélude à et pendant une campagne de nettoyage ethnique. Bien que la communauté Rohingya ne représente qu’à peu près 2 pour cent de la population, les ethno-nationalistes ont prétendu que les Rohingya seraient bientôt plus nombreux que la majorité bouddhiste. La mission d’enquête des Nations unies a déclaré que « Facebook a été un instrument utile pour les personnes qui désirent propager la haine, dans un contexte où la plupart des utilisateurs, Facebook c’est Internet. »
  • En Inde, les bandes de lynchage et les autres types de violence collective provenant dans plusieurs cas des rumeurs véhiculées dans les groupes WhatsApp, ont été exacerbées depuis que le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) a pris le pouvoir en 2014.
  • De manière similaire, le Sri Lanka a vu les groupes d’auto-défense se baser sur des rumeurs propagées en ligne pour attaquer la minorité musulmane Tamil. Au cours d’une avalanche de violence en mars 2018, le gouvernement avait, pendant une semaine, coupé l’accès à Facebook et à WhatsApp, ainsi que l’accès à l’application de messagerie Viber en alléguant que Facebook n’avait pas été suffisamment réactive durant la situation d’urgence.

En sensibilisant ses citoyens et migrants, les autorités camerounaises ont mis l’emphase sur l’importance de la liberté d’expression et sur la responsabilité que cela implique. Elles ont par ailleurs relevé que le discours haineux n’est pas seulement dangereux pour les individus ou groupes ciblés, mais également pour la Jana ta société en général.

Le Ministre de la communication du Cameroun, Monsieur Emmanuel Sadi a déclaré que : « Vu sur cet angle, il va sans dire que la lutte contre le discours haineux doit être perçue comme une priorité absolue pour la sauvegarde de la démocratie et de l’État de droit et pour préserver les valeurs de la paix et du vivre ensemble. »

Il a continué en ajoutant que : « C’est la raison pour laquelle la Communauté internationale a fait de cela une cause commune et lance un appel pour une mobilisation générale contre le discours haineux à l’échelle mondiale. »

 

Les effets du discours haineux :

Le discours haineux ne cause pas seulement les dommages au niveau personnel, mais peut également inciter à la violence. C’est une attaque contre l’inclusion, la diversité et contre les droits de l’homme. Il met en péril la cohésion sociale et dégrade les valeurs partagées, en faisant retarder la paix, la stabilité, le développement durable et la réalisation des droits de l’homme pour tous.

Les pays de l’Afrique de l’Ouest ont également remarqué que le discours haineux peut prendre plusieurs formes, notamment la communication verbale et écrite, ainsi que les actions et les symboles promouvant la haine et la discrimination, dont ils se sont rendus compte de leur caractère rampant surtout parmi les différentes tribus et communautés du pays.

Dans la même veine, Monsieur Peter Mafany Musonge de la Commission du bilinguisme, a exhorté les camerounais à embrasser le vivre ensemble, tel que prescrit par le Chef de l’État, le Président Paul Biya.

En mai 2019, la Stratégie et le plan d’action des Nations unies sur le discours haineux a été lancée et celle-ci mettait en évidence le fait qu’il existe un bassin perturbant de xénophobie, de racisme et d’intolérance à travers le monde. On exploite les médias sociaux et d’autres formes de communication comme plateformes pour le fanatisme. Le discours public est utilisé comme une arme à des fins politiques avec des rhétoriques incendiaires qui stigmatisent et déshumanisent les minorités, les migrants, les réfugiés, les femmes ainsi que ceux qu’on appelle les « autres. »

Il s’agit là du fanatisme qui se produit dans toutes les sociétés, que ce soit en ligne ou hors ligne. Parfois, il peut être difficile de déterminer si un commentaire correspond à un discours haineux, surtout lorsque celui-ci est fait dans le monde virtuel. Cela peut être accablant de faire face à des contenus manifestement haineux.

Toutefois, il existe plusieurs manières pour prendre position, même si vous n’êtes pas personnellement la victime d’un discours haineux. Et vous pouvez faire la différence.

  • Marquez un temps d’arrêt : Abstenez-vous de faire tous commentaires haineux et/ou de partager un tel contenu. Que vous soyez en ligne ou hors ligne, vous devez agir de manière responsable afin d’arrêter la propagation de la haine et de la désinformation. Consultez la campagne des Nations unies « #PledgetoPause » afin de comprendre pourquoi il est important de prendre un temps d’arrêt avant de partager un contenu en ligne. Apprenez à faire cela de manière responsable – que vous soyez en train de transférer ou de retweeter une story ou en train de regarder une vidéo via votre appareil
  • Vérifiez les faits : Dans le monde du numérique, il est très courant de tomber sur la désinformation et des contenus dangereux, mais il est très facile de vérifier le contenu que vous avez trouvé est fiable. Pour détecter une fausse information ou une information biaisée, notamment la propagande de discours haineux, assurez-vous de vérifier la source du contenu à l’aide des moteurs de recherche, des outils de vérification des faits et d’autres sources fiables. Vous pouvez également télécharger les images et les faire passer à travers les outils de recherche d’images afin de découvrir là où elles sont apparues pour la première fois.
  • Opposez les discours : Une manière de combattre le discours haineux consiste à propager votre propre contre discours afin de vous assurer que la haine ne soit pas l’élément dominant. Vous pouvez également atténuer le contenu haineux en publiant des messages positifs qui prônent la tolérance, l’égalité et la vérité dans la défense des personnes ciblées par le discours haineux.
  • Apportez votre soutien : Prendre une position publique pour, et montrer sa solidarité aux personnes victimes de discours haineux démontre que c’est de la responsabilité de tout le monde de rejeter le discours haineux.
  • Signalez : La plupart des plateformes et communautés en ligne ont des règles pour garder les discussions des utilisateurs respectueuses et elles vous permettront de signaler facilement les messages de haine aux administrateurs ou modérateurs. Lisez les guides et les astuces de la plateforme du média social afin de protéger les utilisateurs du harcèlement et des discours haineux. Pour les cas les plus graves, qui peuvent constituer l’incitation à la violence, au harcèlement et/ou les menaces interdits par la loi, notifiez les organisations en charge de la lutte contre les discours haineux et/ou déposez une plainte à la police (ou chez le Procureur). Certains pays disposent des outils en ligne qui rendent le signalement des discours haineux plus facile.
  • Éduquez les masses : Vous pouvez aider à sensibiliser contre le discours haineux que ce soit en ligne ou hors ligne en vous engageant simplement dans des conversations avec votre famille et amis concernant les contenus haineux qui peuvent détruire la société. Préconiser un comportement responsable et partagez des campagnes publiques et des ressources éducatives.

Le Ministre Sadi a pour sa part, souligné les nombreuses mesures que le gouvernement entend prendre pour combattre le discours haineux. Ceci comprend le renforcement des lois et des règlements existants relatifs au discours haineux, l’accroissement de la sensibilisation publique à propos des dangers du discours haineux et la promotion des valeurs positives telles que la tolérance et le respect.

En prenant la parole, le Ministre de l’administration territoriale, Monsieur Paul Atanga Ni a mis l’emphase sur l’importance de tenir les auteurs des discours haineux responsables de leurs actions. Il a également annoncé que le gouvernement prendrait des mesures légales contre les individus et les organisations qui véhiculent les discours haineux.

Le pays francophone a par ailleurs mis en lumière l’important rôle que les médias peuvent jouer dans la lutter contre le discours haineux. Ils ont exhorté les organisations médiatiques à promouvoir un journalisme responsable et d’éviter les histoires à caractère sensationnel qui pourraient attiser les tensions, sous peine de subir les conséquences prévues par la constitution.

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